Depuis le 1er janvier 2025, toutes les copropriétés à usage d’habitation de plus de quinze ans doivent disposer d’un projet de plan pluriannuel de travaux, le PPPT. Depuis le 1er janvier 2026, elles doivent aussi toutes avoir un DPE collectif. Pour un cabinet de diagnostic, c’est un marché qui s’ouvre à la porte d’à côté : mêmes immeubles, mêmes syndics, souvent mêmes copropriétaires que ceux pour qui vous faites déjà des DPE à la vente.
Encore faut-il avoir le droit de signer un PPPT, comprendre ce qui le distingue du DTG et savoir comment un syndic choisit son prestataire. Voici ce qu’il faut savoir avant de vous lancer.
Le PPPT en bref : ce que dit la loi
Le projet de plan pluriannuel de travaux est prévu par l’article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété, issu de la loi Climat et résilience de 2021. Il doit être élaboré à l’expiration d’un délai de quinze ans à compter de la réception des travaux de construction de l’immeuble, puis actualisé tous les dix ans.
Ce que contient un PPPT
Le texte impose quatre éléments :
- la liste des travaux nécessaires à la sauvegarde de l’immeuble, à la préservation de la santé et de la sécurité des occupants, à la réalisation d’économies d’énergie et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ;
- une estimation du niveau de performance énergétique que ces travaux permettraient d’atteindre ;
- une estimation sommaire du coût des travaux et leur hiérarchisation ;
- une proposition d’échéancier sur les dix années suivantes.
Concrètement, un PPPT sérieux s’appuie sur une visite complète des parties communes (toiture, façades, cages d’escalier, caves, chaufferie, réseaux), sur l’analyse des documents de la copropriété (carnet d’entretien, procès-verbaux d’AG, contrats de maintenance) et sur un diagnostic énergétique de l’immeuble, en pratique le DPE collectif.
Le calendrier d’application
| Taille de la copropriété | PPPT obligatoire depuis |
|---|---|
| Plus de 200 lots | 1er janvier 2023 |
| De 51 à 200 lots | 1er janvier 2024 |
| 50 lots ou moins | 1er janvier 2025 |
En octobre 2026, toutes les tranches sont donc concernées. Beaucoup de petites copropriétés n’ont pourtant rien lancé : le retard se concentre précisément sur les immeubles de 10 à 50 lots, gérés par des syndics de taille modeste ou bénévoles, qui sont aussi les plus accessibles pour un cabinet local.
Le PPPT est-il obligatoire pour toutes les copropriétés ?
Il concerne les immeubles à destination partielle ou totale d’habitation soumis au statut de la copropriété, après quinze ans. Une seule dispense est prévue par l’article 14-2 : lorsque le diagnostic technique global ne fait apparaître aucun besoin de travaux au cours des dix années qui suivent son élaboration. Dans les immeubles de plus de quinze ans, ce cas reste rare.
Une fois établi, le projet est présenté à l’assemblée générale, qui se prononce sur son adoption à la majorité des voix de tous les copropriétaires. L’adoption du plan conditionne aussi le montant minimal du fonds de travaux, calculé notamment à partir du montant des travaux prévus par le plan.
Quelle différence entre DTG et PPPT ?
Les deux documents se ressemblent, se recouvrent en partie, et sont souvent confondus par les copropriétaires comme par certains gestionnaires.
| DTG (diagnostic technique global) | PPPT (projet de plan pluriannuel de travaux) | |
|---|---|---|
| Texte | Article L731-1 du Code de la construction et de l’habitation | Article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965 |
| Caractère | Facultatif dans le cas général, voté par l’AG ; obligatoire notamment lors de la mise en copropriété d’un immeuble de plus de dix ans | Obligatoire pour les copropriétés d’habitation de plus de quinze ans |
| Objet | État des lieux : état apparent des parties et équipements communs, situation au regard des obligations légales, améliorations possibles de la gestion technique et patrimoniale, diagnostic énergétique | Programme : travaux à prévoir, coût, hiérarchie, échéancier sur dix ans |
| Lien entre les deux | Un DTG qui ne révèle aucun besoin de travaux sur dix ans dispense du PPPT. Dans la pratique, beaucoup de prestataires proposent les deux dans une même mission, le DTG servant de base au PPPT. | |
Pour un syndic, la question utile est simple : faut-il un DTG en plus du PPPT ? Dans la majorité des immeubles anciens, non, sauf si l’AG veut un état des lieux plus poussé ou si la copropriété est en difficulté. Votre valeur ajoutée consiste à l’expliquer clairement, plutôt qu’à vendre les deux par principe.
Qui peut réaliser un PPPT ?
C’est la question qui conditionne tout le reste. Le décret n° 2022-663 du 25 avril 2022 fixe les compétences et garanties exigées pour établir un projet de plan pluriannuel de travaux. Il ne réserve pas la mission à une profession : bureau d’études, architecte, diagnostiqueur, personne physique ou morale, tous peuvent intervenir s’ils remplissent les conditions.
Les compétences exigées
Le décret liste les domaines à maîtriser : modes constructifs traditionnels et contemporains, produits et matériaux de construction et équipements techniques, pathologies du bâtiment, thermique et possibilités d’amélioration énergétique, émissions de gaz à effet de serre, terminologie technique et juridique du bâtiment, réglementation en matière de santé et de sécurité des occupants, et matériel nécessaire à la mission.
Le niveau de qualification
La personne qui établit le PPPT doit justifier de l’une des qualifications suivantes :
- un diplôme sanctionnant une formation de l’enseignement supérieur d’au moins trois ans dans le domaine des techniques du bâtiment ;
- un titre professionnel ou une certification de qualification professionnelle de niveau équivalent dans ce domaine ;
- une attestation d’inscription au tableau d’un ordre professionnel reconnu dans le domaine de l’immobilier, ce qui vise notamment les architectes.
Le point qui surprend souvent les diagnostiqueurs : la certification DPE, même avec mention, n’est pas citée par le décret comme une qualification suffisante en elle-même. Un diagnostiqueur titulaire d’un bac+3 en bâtiment, ou d’une qualification professionnelle reconnue pour ce type de mission, peut réaliser un PPPT ; un diagnostiqueur certifié sans ce niveau de qualification doit s’associer à quelqu’un qui le détient. Vérifiez votre situation avec votre assureur et, en cas de doute, avec un juriste avant de signer votre premier PPPT.
Les garanties d’impartialité et d’assurance
Le décret impose une attestation d’impartialité et d’indépendance vis-à-vis du syndic, des fournisseurs d’énergie et des entreprises susceptibles d’intervenir sur l’immeuble. Il interdit d’accorder au syndic, directement ou indirectement, un avantage ou une rétribution. Il exige enfin une assurance de responsabilité civile professionnelle couvrant explicitement cette mission. Votre RCP de diagnostiqueur ne la couvre pas forcément : demandez un avenant écrit qui mentionne le PPPT et, si vous le proposez, le DTG.
Comment un cabinet de diagnostic peut s’y positionner
Partir du DPE collectif
Le DPE collectif est la porte d’entrée naturelle. Il est obligatoire pour toutes les copropriétés depuis le 1er janvier 2026, il exige la certification avec mention, et il alimente directement le volet énergétique du PPPT. Proposer les deux ensemble évite au syndic de coordonner deux prestataires et aux copropriétaires de payer deux visites. Notre article sur le DPE collectif en copropriété détaille la méthode et le calendrier.
Compléter les compétences qui manquent
Trois montages fonctionnent sur le terrain. Le premier : le gérant ou un salarié détient déjà la qualification exigée, souvent un ingénieur ou un technicien supérieur du bâtiment reconverti. Le deuxième : vous recrutez ce profil, ce qui a du sens dès quelques missions par mois. Le troisième : vous vous associez à un architecte ou à un bureau d’études, qui signe le PPPT, pendant que votre cabinet réalise le DPE collectif, la visite et le relevé.
Si vous visez aussi l’audit énergétique réglementaire, les compétences se recoupent largement. Notre guide de l’audit énergétique pour diagnostiqueurs et l’article sur la manière de devenir auditeur énergétique vous aideront à construire un parcours cohérent. Pour expliquer la différence aux copropriétaires, l’article audit énergétique ou DPE sert aussi de support.
Chiffrer sans se tromper
Le prix d’un PPPT dépend moins du nombre de lots que du nombre de bâtiments, de la complexité des équipements communs et de la qualité des archives de la copropriété. Construisez votre devis à partir du temps réel :
- préparation et analyse documentaire (carnet d’entretien, PV d’AG, contrats, anciens diagnostics) ;
- visite des parties communes, toiture et locaux techniques compris, et visite d’un échantillon de logements pour le DPE collectif ;
- rédaction, chiffrage des travaux et échéancier ;
- présentation au conseil syndical, puis éventuellement en assemblée générale, à facturer à part si elle a lieu en soirée.
Une erreur fréquente consiste à aligner le prix du PPPT sur celui d’un pack de diagnostics. Le temps de rédaction est sans commune mesure, et votre responsabilité porte sur un immeuble entier.
Le cycle de vente avec les syndics
Un PPPT se vend rarement en un appel. Il se décide en assemblée générale, et l’assemblée générale a un calendrier. La plupart des copropriétés clôturent leurs comptes au 31 décembre et tiennent leur AG annuelle dans les six mois qui suivent, donc entre mars et juin. La convocation doit être notifiée au moins 21 jours avant la réunion, avec les documents nécessaires au vote, dont les devis.
Pour être à l’ordre du jour d’une AG de mai, votre devis doit donc être entre les mains du gestionnaire en mars, parfois plus tôt dans les gros cabinets de syndic. Ensuite viennent le vote, la signature, la visite et la remise du rapport, souvent à l’automne.
Ce cycle impose une organisation commerciale différente de celle du diagnostic de vente :
- Recensez les syndics de votre secteur et les copropriétés qu’ils gèrent (le registre national des copropriétés et les données qu’il publie aident à identifier les immeubles et leurs caractéristiques).
- Envoyez vos propositions dès décembre et janvier, avec une offre groupée DPE collectif et PPPT.
- Relancez chaque devis à date fixe, en tenant compte de la date d’AG de chaque immeuble.
- Après le vote, planifiez vite : les gestionnaires apprécient les prestataires qui tiennent les délais annoncés en AG.
Pour aller plus loin sur ces prescripteurs, lisez notre article sur les relations avec les notaires, les syndics et les bailleurs.
Gérer quarante devis en attente d’AG avec un tableur, c’est l’assurance d’en oublier. Dans Gestiondiag, chaque syndic a sa fiche, le devis se signe en ligne et les relances partent automatiquement, ce qui laisse au gestionnaire le temps de mettre votre proposition à l’ordre du jour.
FAQ
Un diagnostiqueur peut-il faire un PPPT ?
Oui, s’il remplit personnellement les conditions du décret du 25 avril 2022 (diplôme bac+3 en bâtiment, titre ou qualification équivalente, ou inscription à un ordre), s’il est assuré pour cette mission et s’il signe une attestation d’impartialité. La certification de diagnostiqueur ne suffit pas à elle seule.
Le DPE collectif remplace-t-il le PPPT ?
Non. Le DPE collectif évalue la performance énergétique de l’immeuble ; le PPPT programme l’ensemble des travaux, y compris de structure, de sécurité et d’étanchéité, sur dix ans. Le premier nourrit le second.
Que se passe-t-il si la copropriété n’adopte pas le plan ?
Le projet doit être élaboré et présenté à l’assemblée générale. Les copropriétaires peuvent ne pas adopter le plan ; le PPPT n’en reste pas moins exigible, et l’absence de plan adopté pèse sur le fonds de travaux et, en cas de vente, sur les informations transmises à l’acquéreur.
Combien de temps prend un PPPT ?
De la commande à la remise, comptez plusieurs semaines : une ou deux journées de visite selon la taille, puis la rédaction et le chiffrage. Le délai le plus long reste celui de la décision, entre l’envoi du devis et le vote en AG.
Si vous voulez structurer votre suivi des syndics avant la prochaine saison d’AG, vous pouvez réserver une démo de Gestiondiag : l’équipe vous montre le parcours devis, signature et relance sur un cas concret.
Sources
- Légifrance : article 14-2 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965
- Légifrance : décret n° 2022-663 du 25 avril 2022 (compétences et garanties pour le projet de PPT)
- Légifrance : article L731-1 du Code de la construction et de l’habitation (DTG)
- ANIL : le diagnostic technique global de la copropriété
- Registre national des copropriétés
